liens du plaisir

Blog powered by TypePad

Artémis d’Ephèse

Papaya_papaye_carica_papaya_papaia (Photo LOF - Papayes)

Artémis d’Ephèse n’a rien à voir avec la Déesse adolescente de la mythologie à la course rapide dans les bois.
Ce totem-xoanon rigide affublé des cent fruits mamelliformes et autres animaux d’une symbolique indigeste coupe le souffle au musée d’Ephèse.
Le plus curieux est la somme d’effort faits pour justifier les couches épaisses de symboles primitifs qui n’ont rien de grec, mais de sédiments des Cariens et leur Cybèle primitive, aux Ioniens qui attribuent la fondation d’Ephese à la reine des Amazones, d’une féminité ambiguë

Ephesus_artemis_ephese_efeso (Photo ? - Artemis d'Ephèse)

Jusqu’à nos jours, Ephése est un lieu de pesante sacralisation de la maternité avec cette maison de la vierge Marie ermite vue en songe par une none allemande.
Le papayer- Carica papaya - vient du Mexique, les Ioniens ne l’ont pas connu.
Avaient-ils vu des cylicomorpha africaines ?
L’acharnement du papayer à enfanter, son écorce sans plis si proche de la peau, sa raideur décidée font penser à l’Artémis d’Ephèse quand on passe près d’eux.

Papaye_carica_papaya_papaia (Photo LOF - Papayes)

Comme la grenouille sur les plumes du canard

Frog_and_duck_grenouille (Photo LOF - canard "appelant" en plastic et son amie)

Il y a un appelant qui n’a pas trouvé place ni dans l’étang ni dans le barrage
Nul ne sait pourquoi
Alors, il est resté dans le petit bassin du jardin blanc en attendant que quelqu’un le range
Il a une amie : une grenouille
Une amie fidèle qui se sent bien sur les plumes du canard
Qui s’en moque.

Duck_frog_canard_grenouille (Photo LOF - monture confortable et indifférente)

Lettre ouverte à François Wattelier

Viprine_commune (Photo alquimista - Vipérine )

François,
Toi qui conçois des jardins joyeux, des paysages de bonheur, et qui aimes les plantes heureuses, tu ne peux imaginer dans tes délires les plus fous l’Alentejo au printemps.
Tu te demandes dans ton commentaire du home « Quelle douceur, quel bonheur quelle chance ! Que sont donc les fleurs bleu-violettes qui sont au premier plan du chêne-liège dans la brume ? »
Cette fleur que tu aperçois sur la photo de chêne-liège est une vipérine.
Sans doute l'echium plantagineum Linné - la vipérine faux-plantain, (malédiction de Paterson, Paterson's curse, peste autralienne) Salvation Jane, Riverina bluebell, blue weed, purple bugloss / soagem en portugais ou parfois borraxa brava (bourrache sauvage). Elle est proche de l'echium vulgare L. - Viper's Bugloss ou Blueweed.
C'est une mellifère envahissante en Alentejo.
Il y en a cette année avec une telle abondance que tout le paysage en est plein.
Alors partout ton regard est noyé d’étendues rose violet.
Nous n’arrêtons pas d’arrêter nos pas, notre route, notre occupation pour perdre le regard dans ces paysages d’une incroyable beauté.

Rare_viprine_rose (Photo alquimista - rare vipérine à fleur rose )

Ann dit que si c’était un peintre qui avait fait ça, personne ne le croirait possible, je dis la même chose d’un jardinier.
L’Alentéjo littoral est immense et la lumière puissante et limpide à cause de l’océan. Cette vipérine a la particularité de changer de couleur et de texture visuelle selon l’orientation du soleil, du matin au soir elle passe du violet mauve quasi mat à des nuances de violet bleu-rose totalement irisées avec des transparences fantastiques.
Dominique amateur de plantes, vieil ami de l’Alentejo en a découvert une d'un rose parfait.
Au milieu des vipérines, les chardons donnent un bleu plus dessaturé, plus lavande.

Chardon (Photo LOF - chardon bleu)

Dominique a pris des photos superbes.
Naturellement tout n’est pas bleu, il reste encore de vastes étendues jaunes, blanches de marguerites des près.
Nous vivons ici une petite communauté de francophone et d’amis portugais dans un émerveillement permanent. Et on se le dit sans arrêt.
"C’est cet Alentejo là que j’aime dit Frédérique (15 ans ici après le Québec) – couvert de fleurs".
Jeudi nous sommes tous allés manger du poulet rôti chez Flaco, sous sa tonnelle.
Flaco est suisse, il habite l’hiver dans ses montagnes un studio minuscule et dès les beaux jours venus, il fuit pour son monte alentejano.
Sa maison est magnifique, le terrain est grand, au milieu d’un décor de collines, de chênes-lièges et de fleurs.
Son potager pourrait remplir un « Côté sud » tout entier (magnifiques rosiers grimpants).
Ici le pays est immense, tout est grand.
En mangeant, on disait tous la même chose : comment imaginer un bonheur pareil ?
On arrêtait de manger (il fait ses poulets à la broche en les arrosant bien et en les remplissant de ses citrons entiers, ils sont parfumés et la chair est juteuse, la peau croquante), on regardait, on écoutait.

Echium_vulgare (Photo alquimista - Alentejo littoral : gros plan dans la mer des vipérines)

Ann dit : la vie c’est pas compliqué : tu nais – tu meurs – la question est comment mettre un maximum de bonheur entre les deux.
Nous savons que le jardin est une machine à fabriquer du bonheur. Mais alors quand tout le monde autour de toi est un jardin extraordinaire : tu baignes ... dans l'irréel.
C’est difficile de comprendre pourquoi un pays pareil est vide.

Blueweed (Photo alquimista - LOF Vallée nord : transparences bleues )

A Colos d’autres amis belges (il a parcouru le monde au service de l’Union Européenne, spécialiste de l'environnement et des plantes aquatiques. Ils se sont installés ici il y a une dizaine d’années, ils ont un eucalyptus à parfum de bergamote, ça sent vraiment bon, inattendu) nous disaient que ce pays est le meilleur qu’ils aient vu pour vivre.
Les rares étrangers qui ne restent pas sont ceux qui vivent au bord de l’océan : humidité, vent - où ceux qui sont mal logés (maisons sans chauffage ni ventilation).
Dès qu’on s’éloigne un peu de la mer et que tu passes le 38° parallèle, il existe une bande privilégiée sur une trentaine de km, avec un relief doux.
Et là c’est parfait.
Ajoute à cela que les Portugais ont eu l’excellente idée d’y limiter sévèrement la constructibilité.
Et tu as le plus beau jardin du monde.

Vipers_bugloss (Photo alquimista - il reste un peu de vert, de place en place)

L'hiver s'en va

Oranges_1 (Photo LOF - Le temps à laissé son manteau…Il n'y a orange ni clémentine Qu'en son jargon ne chante ou crie : attention en dessous )

Mi février, les jours allongent.
Ils vont allonger de plus en plus vite jusqu’au 21 mars.
Chaque matin on visite les lilas, les asperges… bourgeonnent-ils ?
C’est fait pour les cognassiers du Japon, ils font des feuilles
Hier 20° à midi.
Il faut semer, repiquer, il faut mettre en place les camélias.
Au printemps tout va pousser, l’hiver s’en aller… les oranges commencent à tomber.

Oranges_tombes (Photo LOF - Le bruit de l’orange qui tombe dans l’herbe. Effrayante dimension de la tragédie antique : impuissance devant le temps)

Halloween

Halloween (Photo LOF : JOL classique)

La mère d’Ann portait à merveille le nez de sorcière.
Pour Ann Halloween, c’est un souvenir d’enfance.
L’Amérique du Nord a fait d’Halloween une vraie fête.
Les origines d’Halloween indiquent qu’il s’agit d’une fête liée au cycle des saisons.
C’est une fête du feu, comme Noël.
En revanche, il ne s’agit vraisemblablement pas d’une fête solaire : elle est loin du 21 septembre (équinoxe d’automne) et il est établi que chez les Celtes - où elle a son origine - le nouvel an était fixé sur une phase de lune.
Comme Pâques, il s’agirait donc d’une fête lunaire calculée à partir d’une date fixe du calendrier solaire.
Il s’agit de toute façon d’une période sensible de l’année, les arbres changent de couleur, changement d’heure, syndrome de la Toussaint

Halloween_annick_2 (Photo LOF - Les yeux doux)

Quant aux citrouilles des Jacks-o’-lantern, les vraies d’origine américaine sont irremplaçables.
Il faut faire une encoche quand on découpe le couvercle de Jack, et couper en biais de façon qu’il se referme bien.
Chaque année le jardin nous en produit une dizaine.
Il vaut mieux laisser une courge par pied, un bon Jack-o’-lantern est de grande taille sinon la flamme cuit le couvercle.
Ici, la Toussaint c’est le chrysanthème (la fleur d’or) qui doit être rattachée à ces rituels à cause de sa couleur jaune, comme le potiron (de même le cyprès qui a la forme d’une flamme).
Il est d’introduction récente en Europe (1789).
Bien difficile de comprendre comment on a pu en faire une fleur de cimetière, elle n’est pas la seule annuelle tardive.
Depuis que j’habite LOF, Halloween est la fin des pieds nus, et le retour des socquettes.
Triste journée.

Hallowwen_3 (Photo LOF- méchant)

Le chat ne comprend plus

Oiseau_cercal_1 (Photo LOF - Oiseau de terre cuite)

On fabrique ici des sifflet-appeaux en argile cuite émaillée.
"Le Portugal est un des pays dont la production de sifflets est la plus variée" dit le site de référence "sifflet-en-terre-cuite".
Ici ne sont pas des sifflet-oiseaux d'artiste, ils n'entrent pas en compétition avec les productions roumaines ou avec les "siurells" des îles Baléares.
Ce sont des petits vases qu’on remplit d’eau.
On souffle dans le bec qui est un sifflet.
Un habile souffleur produit des gazouillements élaborés.
En jouant sur le souffle et le niveau de l'eau on en tire des vocalises.
Le chant est puissant.

Appeau_cercal_2 (Photo LOF - Emplir d'eau et souffler, Charles le Téméraire - le chat - arrive)

Le chat s’y laisse prendre.
Il nous a confié son inquiétude hier soir : « il y a des oiseaux dans la maison, je ne sais pas où, ils sont gros, il faut que je les trouve ».
On lui a expliqué que non, mais il refuse de croire qu’une petite burette de terre sans plume et immangeable peut venir le provoquer chez lui.

Appeau_cercal_3 (Photo LOF - dis donc tu as bu Joao ? oui oui on va faire peur au chat, je vais faire cui cui)

Pic2 (Photo LOF - je ne suis quand même pas aveugle, j'ai bien entendu des oiseaux)

Heures chaudes

Sieste_2 (Photo LOF - Heure de la sieste : dehors il fait chaud)
Voici venir les premières heures chaudes.
Après le repas de midi de plus en plus léger, la chaleur. Le silence dans la campagne, le vent tombe, l’air est chaud.
Le sud du Portugal est de climat méditerranéen tempéré par l’Atlantique. Les maxima du thermomètre gagnent 1 degré tous les 2 km à mesure qu’on s’éloigne de la côte. A une vingtaine (selon le relief) de km du littoral, l’influence maritime cesse.
Au bord de l'océan (froid) il ne fait jamais chaud.
A l’intérieur les nuits sont toujours fraîches. Chacun fait une savante combinaison pour conserver la fraîcheur.
Après midi les maisons vivent dans l’ombre des volets clos. La sieste. Sexta hora.
Le temps va plus doucement aux heures chaudes.

Sécheresse.

Secheresse (Photo LOF - Alentejo sec)
Le plan bleu (Pland’Action pour la Méditerranée) ne recouvre pas la zone du climat meditterranéen autrement dit le Portugal n’est pas dans la Commission Méditerranéenne du Développement Durable.
Pourtant ses problèmes sont les mêmes, notamment le sud. Météo Portugal estime que 2004 est l'année la plus sèche depuis 1931. Le sud est le plus touché. L’Alentejo c’est le chêne liège et de l’élevage.
Le chêne liège - quercus suber - est un arbre fragile qui ne peut vivre que dans les pays arrosés l’hivers (Sicile, sud de la péninsule et nord du Maroc). L’Espagne et le Portugal représentent 75% de la production mondiale de liège.
Luis Mira, président de la confédération des agriculteurs portugais disait cette semaine « Combien d'arbres vont encore mourir? Je n'ai pas le souvenir d'une chose pareille ». Quand à l’élevage…
Le niveau des réservoirs est bas. Horatio a une entreprise d’entretien de jardins : ils sont presque tous morts. C’est le cas du jardin de Gonçalo. Complètement sec « j’ai coupé l’arrosage automatique avant l’hivers, comme tous les ans… »
Incongruité : la mode est à la pelouse, à l’encontre des jardins traditionnels du climat méditerranéen qui résistent à la sécheresses, chasse au gaspillage, terrassement…
Dans notre ancien jardin de Porto Covo, les alysses, dont il existe de nombreuses couleurs, escholtzias, lavandes, romarin sont actuellement superbes – sans eau. Tout un monde autrement parfumé et joyeux qu’un gazon anglais.
Alysses (Photo LOF - Alysses odorantes)
En montant le prix de l’eau (qui va doubler) et en plafonnant la consommation à 120 l/jour par personne, les pouvoirs publics gèrent la pénurie.
L’éducation c’est plus long, Heidi Gildemeister, ou le jardin sec seront traduits un jour...
Les propriétaires de petits jardins urbains condamnés ne comprennent pas pourquoi les villes arrosent les ronds points ou les agriculteurs arrosent la route et la maïs en plein midi.
A LOF nous différons la plantation des chênes lièges, nous privilégions le paillage, l’arrosage enterré afin de limiter au minium l’évaporation – pas facile car le tube poreux n’est pas commercialisé ici. « Il n’y a que les français et les allemands qui demandent ça », « ça se bouche ».