liens du plaisir

Blog powered by TypePad

La tête, pas la queue

Baroque_tavira (Photo LOF – Tavira Baroque portugais : niche avec décors évoquant un visage)

Graça vient manger.
Bar au fenouil, en papillote, servi avec un filet d’huile d’olive.
Parfum merveilleux à l’ouverture de la papillote, cuisson parfaite, je prends garde de lui servir un filet entier jusqu’au bout de la queue, partie aux fibres lisses et savoureuses, la plus délicate.
Je l’envie d’avoir ce morceau de choix.
Il reste dans le plat la tête et les arrêtes.
Graça regarde la tête avec convoitise : « est-ce que je peux la manger ? »
Les portugais considèrent que le meilleur du poisson est la tête, les joues.
Un ami mange à la maison, il a droit à la tête.
Pas la queue.

Mermaid_sirene_evora (Photo LOF – Evora fresques du Paço de Vasco da Gama : la queue n’est pas la partie la plus fine… pas ici)

L’Alentejo produit d’excellents agneaux.
Il faut se méfier du boucher qui spontanément entaille (massacre) le gigot, le débite en tranches sans aucun respect.
Nous nous régalons de ces gigots entiers, cuits rosés largement piqué d’ail quasi transparent sur un lit de thym frais.
On lit page 287 de la thèse de Santiago Macias sur Mertola consacrée aux ressources de l’alfoz pendant la période musulmane :
« En ce qui concerne les brebis, il est intéressant de noter l’important pourcentage d’os du crâne recueillis. Deux raisons donnent à cette constatation une importance particulière : d’une part, une des soupes les plus populaires d’al-Andalus était préparée avec des têtes de cet animal; d’autre part, on constate… la permanence de la consommation des têtes d’agneau encore aujourd’hui particulièrement appréciées en Alentejo – nota : Dans les régions méridionales, la consommation de têtes d’agneau grillées, mangées normalement par les hommes dans les tavernes, est usuelle. »

Looking_ones_reflection_de_hoog (Photo LOF – de Hoog : l’important c’est la tête)

Lire la suite "La tête, pas la queue" »

Solstice

Ombre_du_butia (Photo LOF - l'ombre du butia est sous le butia)

Il y avait dans un vieux livre de géographie du grenier une photo, tout au début, page de droite, une photo en noir et blanc.
Au sujet des tropiques.
C’était une photo de palmiers dattiers, prise de haut, avec l’ombre exactement sous le palmier.
Le chapitre expliquait que les tropiques sont la zone dans laquelle le soleil peut se trouver exactement à la verticale à midi.
Il y a longtemps, longtemps que je n’ai pas vu cette photo, j’étais gamin.
Mais depuis que nous habitons ici, chaque année fin juin, je regarde l’ombre des palmiers.
Vers midi.

Midi (Photo LOF - midi)

Bain nocturne de septembre

La_nuit_3 (Photo LOF - c'est beau)

Afonse dit que début septembre est le bon moment pour se baigner la nuit.
Il a raison
Hier pleine lune
Les soirées sont agréablement chaudes, pas de vent.
La piscine est à 26°.
Parfaite.
A cette époque de l’année il y a beaucoup moins d’insectes attirés par la lumière (tous les éclairages extérieurs de LOF sont jaunes de façon à moins attirer les insectes, sauf celui de la piscine qui est blanc)
Le bain de nuit c’est un bain de lumière.
Et la pleine lune, quel spectacle

Lof_piscine_la_nuit_swimming_poll_at_nig (Photo LOF - c'est la piscine la nuit)

Voeux / partir, aller loin

Voeux_2006_jmc (Photo JMC - La carte de voeux de Jean-Marie : Iannis Maria)
Jean-Maire nous a envoyé la plus belle carte de voeux de 2006.
Jean-Marie a une maison sur une île grecque.
Chacun a dans un coin de sa tête un autre monde idéal où on aime être, où on part si la vie est adverse, dont on parle quand on se sent en confiance.
Jean-Marie en avait parlé dans des temps moins faciles.
Il avait bien compris pourquoi nous sommes venus en Alentejo.
Maintenant cet autre monde il y est.
Pour de vrai.
Et dans sa tête l'autre monde, celui de l'adversité, s'efface.
Il faut savoir partir pour de vrai.

Aller-retour en France

Estramadura (Photo LOF - l'Estramadura espagnole, à la frontière portugaise)

Aller en France en voiture est une longue route depuis le Portugal.
La traversée de l’Espagne est un dépaysement, immensités désertes ou villes couvertes de grues, de chantiers (vigoureux développement de ce pays entreprenant).
Puis la France, propre, verte.
La France c’est aussi un monde qui change.
Il y reste encore beaucoup de gens remarquables - toujours inquiets pour leurs entreprises - qui vivent sur un mode fervent des aventures pleines de savoirs et de délicatesses.

Aragon (Photo LOF - entre Madrid et Barcelone)

C’est pourquoi nous allons en France visiter des pépiniéristes collectionneurs… pendant qu’il est encore temps : Les Baches à Eus avec leur incroyable collection d’agrumes - la plus riche d'Europe -, Christine et Philippe Latour à Degagnac qui font pousser des aromatiques tropicales au fonds d'une vallée du Lot, la Pépinière de la Vallée de l'Huveaune à Aubagne, pour citer nos visites.
Il y a ces grandes et belles jardineries (la Vilmorin d'Aubagne...) où on peut acheter un superbe jardin, comme dans Rustica, à planter en un week-end.
Et il y a les autres, les gourmands, ceux qui cherchent, ceux qui ont une passion...
La France, ça vaut la peine.

Frontire (Photo LOF - Le Canigou... on est en France...)

Fumée du Nord en feu

Fume_23_08_2005 (Photo LOF - 23 08 2005 11:30)

Le soleil n’arrive pas à percer la fumée qui vient du Nord.
Avec cette fumée une odeur de bois brûlé.
A 300 km d’ici l’incendie de foret de la région de Santarem est immense.
Le site visible earth de la Nasa permet de comprendre à partir d’une photo prise il y a 5 ans le 6 août 2000.

Feu_portugal (Photo NASA - le parcours de la fumée d'un grand incendie du nord vers le sud en août 2000)

La fumée de cet incendie s’élève sous l’effet de la chaleur en direction de l’ouest, au dessus de l’océan.
A 150 km de la côte elle se rafraîchi et retombe en direction du sud-est, vers l’Alentejo littoral où se trouve LOF.
Le sud du Portugal est un pays méditerranéen.
Comme on le voit sur la même photo le sud est sec, le combustible y est plus rare qu’au nord.

Aube_23_08_2005 (Photo LOF - Aube)

la route d'Alferce

Caldas_de_monchique (Photo LOF – Caldas de Montchique : végétation tropicale)

Monchique. A Caldas de Monchique pousse de magnifiques philodendrons tropicaux – monstera déliciosa – dont le fruit est comestible à maturité.
Tout est vert, foisonnant.
En arrivant à Monchique depuis Caldas prendre à droite la N267 pour Alferce puis Sao Marco da Serra.
Le Portugal réalise actuellement un gros travail de modernisation de ses routes.
Cette route est magnifique, on traverse la Serra de Monchique qui a brûlé l’an dernier.
Au départ tout est vert, il pleut là-haut, puis le spectacle devient grandiose, la végétation n’est pas repartie, faute d’eau, on traverse une autre planète.

Alentejo (Photo AB – entre Alferce et Sao Marcos, solitude)

A quoi pense-t-on quand on habite au milieu de ces espaces si beaux et vides ?
La question ne se posera bientôt plus car plus personne ne les habite.
Aussi invraissemblable que cela puisse être puisque nous sommes ici dans la partie la plus habitable de l'Europe, durablement tempérée et douce en pleine crise énergétique et explosion climatique.

Alferce (Photo LOF – qui habite encore ici ?)

On croise encore quelques alentejans au visage fermé.
"Ils quittent un à un le pays
Pour s'en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés
..."
Partout des ruines.

Ruines (Photo AB – et ici ?)

Il n’y a pas d’esthétique des ruines, les ruines c'est laid.
Hubert Robert c’est une esthétique du temps qui passe à tout jamais.
Il y a des gens qui construisent toujours des ruines dans les jardins, comme du temps de Georges-Louis Le Rouge dont on sait quand il est mort...
ce qui est beau c’est la puissance évocatrice
ce qui est prenant c’est ampleur.

Noria (Photo AB – Noria en ruine : plus d'eau - plus d'hommes, plus d'hommes - plus d'eau)

European Bee-eater

Clip_image001_2 Incredible – its incredible to see flocks of turquoise, red & yellow birds flying overhead in a noisy confusion.
Crying back and forth as they soar by.
How can they possibly exist? – so exotic – so show offish.
8 or 10 of them- streamlined, starling sized birds swooping by.
Its only when I found them calmly described with their habitat, migration routes and population that I could really believe what I'd seen,
European Bee-eaters (Merops apiaster).
They really do exist.

Télévision - prunes

White_house (Photo LOF : maison abandonnée vue sud ouest de LOF)
Hier Susana et Clementine de la fabrique Cativa qui ont fait les azulejos de LOF sont venues les voir posés.
Ce qui les surprend dans la maison est l’absence de télévision.
Elles s’étonnent qu’on puisse vivre sans cela (alors que l’inverse est vraie : comment peut on vivre avec une télévision ?

Geoffrew_rock_1 (Photo coll. JHF Kenny : Geoffrey Rock House near Coburg Ontario 1977)

La maison abandonnée sur la colline en face de LOF fait penser à un paysage du peintre anglo-canadien Geoffrey Rock (1923-2000) avec sa maison vide à l’ombre d’un arbre mort : Elle est au soleil et c’est ailleurs que c’est gris.
Comme si le bonheur avait été oublié là.
Des gens ont vécu là, longtemps, après d’autres et encore d’autres.
Les hommes n’ont pas attendu la télévision pour savoir comment bien vivre.

Prunes (Photo LOF : prunes)

Bela nous a apporté des prunes.  Des générations ont perfectionné des centaines de variétés de prunes. Qui - comme mon oncle Georges Parisel qui avait toujours un bon couteau à greffer dans sa poche - a greffé cette prune au bord d'un chemin ?
Bien que n’ayant pas la télévision nous voyons bien dans les magasins d’alimentation que les prunes-plaisirs ont disparu avec eux.
Cistes_2_1 (Photo LOF : LOF est une maison sans télévision)

Sirocco

Incendie_08_06_2005 (Photo LOF : La Serra do Cercal en feu à Sao Luis)
Voici trois jours le vent du sud se lève : le sirocco. Jean-Jacques Rivaille - qui se repose à LOF - dit «comme en Algérie ».
Un vent chaud qui rend malalaise. Eliezer dit qu’il n’est pas « saudàvel » - pas sain : les plantes ne l’aime pas.
Le vent du sud apporte l’incendie. Hier la montagne brûle à Sao Luis.
Bien étrangères me sont les notions de bien et de mal, invention répressive des gens qui pensaient que la vérité existe. Le spectacle du feu qui détruit une nature abandonnée par les pluies évoque ce qui est mauvais.
Donne envie de combattre.
Le lourd nuage de fumée est penché sur l’horizon.

Alcyoneus (Photo LOF - Entrée de l'hotel de Zeus à Pergame - Pergamon Museum / Berlin : Athéna tire par les cheveux Alcyoneus, l'esprit ailé destructeur du siroco, pour l'arracher du corps de sa mère, GE la terre, auquel il est encore lié par le pied. Ce lien le rend immortel, elle va le rompre. La fumée de l'incendie s'extrait de la terre comme l'image de ce vent mauvais)

On comprend pourquoi le sculpteur de l’hôtel de Zeus à Pergame représente Alcyoneus - l’esprit mauvais du Siroco - penché sur l’horizon. Athéna, à l'intelligence lumineuse, veut l’arracher de la terre mère qui le rend immortel.
Alors elle pourra le tuer. GE, la terre souffre.
La notion de monstruosité est plus féconde et évocatrice - pour tout dire poétique - que celle de mal.
Ce matin le vent est tombé. Les pompiers ont éteint le feu.
Les Olympiens ont vaincu les Géants.
Ge (Photo LOF – souffrance de la terre éternelle - GE - coiffée comme un chêne liége, qui engendre indifféremment monstruosité ou raison)