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Occidental au Japon

Cerisier_en_fleur_cherry_blossom (Photo LOF - cerisier en fleur)

Cette note pour signaler le blog tropiques-japonaises de Stéphane Barbery dans les liens du blog muito prazer
C’est une tête qui pense et des yeux qui voient.
La fascination pour la façon dont sont les japonais, est la même qu’on peut avoir pour les présocratiques
La proximité de la nature est intacte.
L’esthétique et l'universel sont des valeurs.
Ils voient.
Et ce qu’ils observent est que l’être n’est pas mais devient.
Extrait : « Le temps des cerises, ce n’est pas le temps des cerisiers. En France, on ne célèbre pas la fleur mais le fruit... les fêtes familiales, collectives, ce sont des cueillettes. Pas le spectacle du marqueur des saisons. Une civilisation des fruits. Pas une civilisation des fleurs »
La fleur c'est le temps qui passe vite
Cause motrice, cause finale.
En occident depuis 2500 ans on s’est laissé embobiner par la bande des 2 : Platon et Aristote
Croire que ce qui est est ce qui ne change pas
Comme si c’était possible.
On lit dans la recette – époustouflante de rigueur - de thon rouge : « L’assaisonnement complexe d’une matière première a-t-il pour but… de maximiser le plaisir papillaire ou bien est-il d’abord ordonné, structurellement, par la cosmologie inconsciente ? »
C’est la même chose, Stéphane.

Rock_rose_blossom_fleur_ciste_cistu (Photo LOF - ciste)

Collectionner les galets

Pebble_galet_seixo (Photo LOF Galet - Monika Milfontes 2008 01 08 base blanche)

Monika collectionne les galets.
Elle est attentive à la forme, la texture de la surface, la couleur, la complexité et l’ordonnance des matières.
Il y a là un penchant esthétique et aussi le respect de la nature brute.

Pebble_galet_seixo_3 (Photo LOF Galet – Monika Milfontes : Galet se dit seixo en portugais – faux ami.)

La surface d’un galet est sombre et souillée.
C’est la trace de pétrole.
Les galets disent le temps qui passe et la destruction de la terre par les humains.

Pebble_galet_seixo_milfontes (Photo LOF Galet – Monika Milfontes 2008 01 08 souillé par des hydrocarbures)

Monika nous a offert 3 galets.
Après quelques semaines ils se sont fait une place à la maison
Ils réclament une caresse de temps à autre.

Pebble_galet_seixo_2 (Photo LOF Galet se dit Kies en allemand, qui devient cratère en anglais )

Médailles Field 2006

Topologie (Photo LOF - dans les petits bouts de glace aléatoires, peux-tu trouver le chemin de la maison ?)

Ce qu’on lit sur les médailles Field IMU décernées à l’International Congress of Mathematicians de Madrid 2006 traite prioritairement de Grigori Perelman qui aurait refusé sa médaille, de son caractère non communicativement correct (un « comportement frisant l'autisme » disent "les Echos").
Newton était lui aussi un mathématicien solitaire : quand les autres ne s’intéressent pas à ce qui est intéressant, peut-on faire autrement ?
Les sujets traités aujourd’hui par les mathématiciens sont aussi passionnants que le jardinage, ce qu’on pourrait appeler la conjecture d’Epicure, cosmologiste aléatoire.

House_water_gold (Photo LOF - la maison du cosmo-topologiste aléatoire est unique et au centre d'un univers froid)

Grigori Perelman est le plus singulier des 4 awards 2006 IMU avec Wendelin Werner (Paris-Sud-Orsay et ENS).
Les autres sont Andrei Okounkov et Terence Tao.
Grigori Perelman est un topologiste probabiliste.
L’aléatoire et la géométrie sont deux mondes que la vision unitariste (monothéiste) de l’univers oppose depuis la fin de l’antiquité.
Il s’est attaqué à une des conjectures célèbres de la discontinuité : la conjecture de Poincaré (1904) : « Le seul espace à 3 dimensions sans trou est la sphère ».

Melon (Photo LOF : soit une sphère, avec une queue, elle n'a pas de trou au bout, c'est démontrable)

Interessante assertion notamment d’un point de vue psychanalytique.
La sphère – la boule – est une fascination permanente y compris des topologistes.
Perelman apporte une séduisante contribution : Il aurait démontré que la conjecture de Pointcaré est démontrable.
Ce n'est donc pas une conjecture.

Estremoz_lock (Photo LOF - Estremoz : une serrure sphérique ne pourrait pas avoir de trou)

On se pose automatiquement des questions : pourquoi la sphère et pas l’œuf ? Jusqu’à quelle taille ? Est-il vrai que Perelman a démissionné de l'Institut Steklov de Saint-Pétersbourg pour se retirer chez sa mère ?
La création de la médaille IMU Gauss - moins prestigieuse - détourne l’attention de son lauréat unique Kiyoshi Ito
Il a apporté à la stochastique , un grand vent d’optimisme (polythéiste) : le lemme d'Itô rassure sur la possibilité de résoudre des équations différentielles stochastiques dans des conjonctures très discontinues.

Porto_covo_enfants (Photo LOF : ordre coloré pas si aléatoire qu'on pourrait croire)

Dans beaucoup de trous, il peut y avoir des sphères : ça rassure.

Altoire (Photo LOF - La conjecture de la maison : on n'a qu'une mère, il n'y a qu'une vérité, c'est Dieu qui l'a dit)

Bleu blanc rouge

14 juillet.
La France doit le drapeau bleu blanc rouge à André Jeanbon ou Jean Bon ( le 15 février 1794 ).
Marin
pasteur député, A. Jeanbon est mort à Mayence baron d’Empire, préfet des départements d’outre-Rhin.
Jeanbon avait imposé le drapeau bleu blanc rouge pour identifier les vaisseaux de la marine nationale à bord desquels il avait fait un séjour au nom de la Convention.
Aucune explication satisfaisante ne dit pourquoi ces trois couleurs (et non vert fluo/ gris carbone comme les maillots du Tour de France), ni pourquoi dans ce sens.
Aucun texte ne justifie son choix.

Pied_dalouette_des_jardins_delphinium_aj
Polianthes_tuberosa
Pomegranite (Photos LOF 14 juillet jardins bleu, blanc et rouge, pieds d'alouette, tubéreuse, grenade)

Tout a fait par hasard, le jardin blanc de LOF étant sur une terrasse centrale se trouve entre le jardin bleu et le jardin rouge.
Il n’y a pas sens de visite des jardins de LOF.
Aucune explication satisfaisante ne dit pourquoi le jardin rouge est opposé au bleu.
Pas loin du jaune.

Zinnia_red_spider (Photo LOF - Zinnia red spider, hésitation sur le rouge : grenade ou zinnia ? Jeanbon a-t-il hésité aussi ?)

La carte d’Artémidore d'Éphèse

Artemidore_dephese_2 (Photo Palazzo Bricherasio - les manuscrits sont illustrés de dessins d'animaux et de figures)

Exposition – à Turin avant un tour du monde - de la carte de l’Andalousie et du texte descriptif associé par Artémidore d'Éphèse / Artemidoro di Efeso (jolie vidéo sur le site du musée)
Artemidore d’Ephese est né dans la 169e Olymp., av. J.-C. c'est-à-dire entre – 103 et – 100 Ces papyrus sont des copies antiques réalisées à Alexandrie, on peut compléter l’information sur le forum celtiberia où les éloges et l’érudition ne font pas défaut.
Ce qui est fascinant n’est pas tant le contenu du document que son histoire.
Il a été conservé pour avoir servi de d’emballage de momie... papier journal que l'emballeur était incapable de lire.
Fascinant devenir des supports de la connaissance, et de la pensée avec eux.
Les facteurs de perte des savoirs sont ici résumés :
1 / les changements de supports : la fin de l’utilisation du papyrus pour l’emploi du volumen condamne à la poubelle une partie de la connaissance inscrite sur papyrus (le tri se fait de façon mi-aléatoire, mi-volontaire) et
2/ l’ignorance sous sa forme dogmatique religieuse (culte des morts, emprise de la religion sur l’Egypte...).
En 1999 était paru un ouvrage (d’Alain Martin et Olivier Primavesi) sur une cinquantaine de fragments conservés à Strasbourg, copies d’un auteur plus ancien : Empédocle, sauvés de la destruction par un recyclage identique en matériel de momification.
Empédocle est une remarquable pensée qui décrit les principes (attraction/répulsion) qui gouvernent un univers où tout devient toujours : "Car, en vérité, l’attraction et la répulsion sont préexistantes au temps, et pour toujours, d’après moi, le temps infini ne sera sans cette dualité".
On imagine comme ce type de pensée du multiple est aux antipodes de la pensée unitaire dominante depuis 2000 ans.
Tristesse devant l’oubli de la valeur des choses.
Simultanément à cette exposition - entourée de tout le décorum antiquisant nécessaire à son marketing - comment ne pas penser que nous vivons avec la numérisation les plus importants changements de support des œuvres de la pensée jamais vu depuis que les hommes existent, et simultanément – y compris à la tête de l’Etat le plus puissant – un sommet de fanatisme religieux inconnu depuis le (long) moyen age ?

Empedocle_de_strasbourg (Photo Université de Strasbourg un fragment d'Empédocle de la Bibliothèque de Strasbourg sauvé par son utilisation comme rembourrage)

Einstein n'aime pas les chats

Pic_charles (Photo LOF - Les unitaristes, croient qu'il existe une loi universelle et éternelle, ils pensent donc qu'on peut avoir raison et l'autre non. Ils sont méchants avec le chat d'Erwin Schrödinger qui n'est pas complètement dans leur camps)

Le 28 septembre 1905 Albert Einstein publie l’article fondateur de la théorie de la relativité.
Ce physicien-mathématicien est-il un chaînon génial de la suite des cosmologistes ou un des ultimes fossiles de la pensée unitaire?
Dans la tête d’Albert Einstein « un existe ».
Il doit donc y avoir une loi universelle de l’univers, une (ou un système de ) constante(s) (une vérité vraie).

Passerelle (Photo LOF - Cabo Espichel : pont entre l'église et le grand batiment)

Einstein a énormément de mal avec l’approche statistique et formelle que Niels Bohr applique avec succès à la physique des particules.
On sait que l’école quantique n'entre pas dans la vérité d'Einstein, elle s'accomode de l’ubiquité, de la simultanéité des contraires (le chat probabiliste mort-vivant d’Erwin Schrödinger) puisqu’elle est statistique, l’un n’existe que comme limite.
Pour Einstein penser c’est unifier : il veut une loi unique qui gouverne l’ensemble de l’expérimentable.

Cohrence (Photo LOF - Cabo Espichel :Unité du grand batiment)

1850 à 1950 est un moment tragique – au sens grec – dans le sens où les certitudes unitaires s’effondrent. Les grandes pensées unifiantes de ce temps se cramponnent aux ultimes remparts :
Albert Einstein assigne une vitesse absolue à la lumière, chronographe universel toujours égal à lui-même – il borne le réel.
Autre dinosaure de la pensée unitaire Martin Heidegger assigne l’unité absolue à l’être au sens de permanence.
L’école allemande – fille d’Hegel (notamment) - est torturée par le temps. "Comment l’un peut ne pas devenir si tout devient ?"
Einstein n’arrive pas à penser la connaissance comme non unitaire mais statistique : « Dieu ne joue pas aux dés » répète-t-il… Affirmation difficilement démontrable.

Phare (Photo LOF - Cabo Espichel : le phare - la vitesse de la lumière est moins rapide dans la brume)

Rien n’est encore joué : la pensée conventionnelle (statistique ) – est loin d’avoir gagné.
Il faut bien reconnaître que la cosmologie que nous a laissé la physique d’Einstein est bien confortable dans le lit douillet dans la tradition unitaire avec un début – big bang – un lieu, une masse (introuvable), une histoire...
Combien de temps faudra-t-il pour qu’on démontre que les singularités (big-bangs) sont multitudes (et classables), les constantes physiques « relatives » et inconstantes etc. que la cohérence peut être sans la continuité ?

La_porte (Photo LOF - Cabo Espichel : L'univers n'a pas de porte)

L’univers éternel mais fini.
L’aléatoire constitutif de tout ce qui devient.
Autrement dit : combien de temps nous faudra-t-il pour penser l’univers autrement que comme nous-même, sans père, sans ordre, sans sens, sans limites…
Le plus drôle de l’histoire est qu’Erwin Schrödinger, a passé sa vie à vouloir généraliser la mécanique quantique : Unité quand tu nous tiens.

Couloir (Photo LOF - Cabo Espichel : il y deux particules dans deux chambres à chaque bout du couloir. C'est la même)

Cabo_espichel (Photo LOF - Cabo Espichel - Unité de la physique après le passage de la pensée unitaire)

14 juillet

14_juillet_2 (Photo LOF - 14 juillet)

- 4 août 1789 : Abolition les droits féodaux.
- 26 août 1789 : Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
- 7 décembre 1790 : Robespierre propose la devise "Liberté, Egalité, Fraternité"
- Bonaparte : "Liberté-Egalité-Ordre public",
- Napoléon empereur "Liberté et Ordre public"

Ingalitaire_1 (Photo LOF - 4 août 1789 : Abolition des privilèges)


« Le passé est devenu peu à peu l’objet privilégié, sinon exclusif, de cette activité, commémorative dans certains cas, célébrative dans d’autres, qui vise moins la compréhension des événements que leur remémoration et leur préservation de l’oubli » écrit Alexandre Fontana dans la Revue des deux Mondes de juin 2005.

1793 (Photo LOF - 10 octobre 1793 Saint-Just décrète la Terreur)

(C’est lui qui a publié « 470 dépêches des ambassadeurs de Venise au doge, 1786-1795 (Laffont, Bouquins - 1997) », lecture indispensable qui décrit à travers des yeux étrangers un peu hors du monde les années révolutionnaires.)
Cet article s'intitule "Le pacte sécuritaire"

Louis_xvi (Photo LOF - 21 janvier 1793 Exécution de Louis XVI)

"Quels sont le champ et les limites de la responsabilité des individus ? Et jusqu’à quel point devront-ils renoncer, seront-ils disposés à renoncer aux libertés, pour mettre leur vie à l’abri des dangers et des menaces qui la traversent de part en part ? ... Tant que le pacte de sécurité sera le fondement de l’État, en effet, les libertés individuelles, les droits de l’homme, les garanties fondamentales des citoyens seront suspendus à un équilibre toujours instable et précaire.
Ordre_public (Photo LOF - Ordre public et liberté individuelle)
On pourrait alors se demander : que pourrait être une démocratie où l’on ne confierait pas tous les pouvoirs à ceux qui nous gouvernent au nom de la sécurité, cette sécurité du reste dont les citoyens eux-mêmes, soumis aux multiples campagnes de la peur, ne font que réclamer le renforcement ? Comment se prémunir contre l’élargissement des mesures de sécurités à tous les citoyens, indistinctement ? Quelles précautions prendre lorsqu’on invoque, au nom des dangers, la suspension des garanties constitutionnelles et des droits fondamentaux ?.."

Chirac

(Photo LOF - Chirac à la télé le 14 juillet)
lire des extraits en suite de note

Lire la suite "14 juillet" »

Lisbonne (Stratégie de)

Oxalis (Photo LOF - Porto Covo avant les éoliennes)
Les Européens vont-ils ou non réussir l’objectif de Lisbonne ? (Etre la zone économique la plus productive du monde en 2010).
Les Européens s’en moquent.
Comment Lisbonne autorise-t-elle qu’on nomme par son nom une stratégie aussi peu motivante ?
Etre les plus productifs pour quoi faire ? Pour passer 6 heures par jour devant la télé, être obèse, etc.
Le jour ou l’objectif sera nettement plus Lisboete genre « devenir la zone du monde où on vit le mieux, dans la paix et où on a la paix, où il y a les plus grands jardins, où on passe un maximum de temps à regarder le ciel bleu etc.. », ce jour là on sera nombreux à faire la course.

Praxitèle

G_moreau_diane_2 (Photo RMN - Croquis de la Diane de Gabies de Praxitèle par Gustave Moreau)
Faut pas croire que l’Artémis de Praxitèle… est Artémis
(note écrite à l’occasion de l'ouverture de la rubrique du blog muito prazer «des yeux pour voir»)

Tout le monde connaît la magnifique statue de la station Louvre ligne 1 du métro de Paris qui a longtemps porté l’écriteau « Artémis fermant son manteau ou Diane de Gabies copie romaine d'après Praxitèle ».
Ensuite la mention de la déesse fermant son manteau a disparu.
Actuellement la RMN la baptise « Artémis ( ? ) dite " Diane de Gabies " : La déesse agrafe le manteau offert par ses fidèles ».

On dit Artémis pourtant elle n'a rien d'Artémis...
Sans information sur l’original de la copie romaine qui est au Louvre, on en a fait une copie de l’Artémis Brauronia de l’Acropole.
La justification était qu'elle avait des jolies chaussures, donc aimait la course.
Aujourd'hui on dit que la déesse reçoit et met un manteau offert par ses fidèles (quels fidèles?) version accréditée par les critiques américains (A. Stewart).
Artemis_shoe_1 (Photo LOF - "Ensuite, la Déesse met un beau voile blanc comme Hélios, et chausse ses beaux pieds de belles sandales". Illiade)

Comme chacun peut le voir cette statue n’a aucun des attributs d’Artémis, pas d’allusion à la chasse ni à la nature, son corps est un rien lourd, le manteau est un épais lainage de voyage et non le voile léger de la chaseresse - le manteau n’est pas un attribut d'Artémis.

Praxitète exprime un monde en devenir
Praxitèle (-390 -325) appartient à une famille de pensée de la plus grande acuité qui s’intéresse à une question première : pourquoi tout change ? Pourquoi l’être est-il multiple ?
Il est à une époque intermédiaire en la sophistique classique et les pensées épanouies (Epicure).
Cette pensée a été très féconde.
Praxitèle exprime cette vision du monde.
Sa fameuse Aphrodite de Cnide n’est pas une production aléatoire : Aphrodite est une déesse très primitive qui engendre Eros : le désir.
Or le moteur de tout ce qui change c’est l’attraction - le désir - et la répulsion.
Hera_01_1 (Photo LOF - "la déesse Hèra aux bras blancs" Homère)

La statue du Louvre exprime un évènement
La statue du Louvre dit d’abord l’incertitude qui existe toujours dans toute chose et dans tout instant : est-elle en train de mettre son manteau (vision judéo-chrétienne la femme doit se couvrir) ou de l’enlever ?
Impossible de le dire,
Commence-t-elle de marcher ou cesse-t-elle ?
Léve-t-elle la tête en la tournant ou la baisse-t-elle ? etc.
Comme toujours on ne sait pas. La pensée d’un monde en devenir – ce qu’il est – est la pensée de l’incertain.

Il y a dans l'Illiade une scéne ou Héra rend le cours de la guerre incertain
Praxitèle a choisi Héra, déesse rarement représentée mais aussi ancienne qu’Aphrodite.
J’ai toujours pensé que cette statue se réfère à un passage de l’Illiade où Héra modifie le cour du destin voulu par le tout puissant Zeus, son mari. Pour y parvenir, elle va provoquer son désir grâce à la ceinture aux 3 secrets de séduction que lui prête Aphrodite (ici la ceinture est très présente sous les plis du chiton, mais cachée car personne ne doit voir qu’elle porte la ceinture de la séductrice).
En partant pour le mont Ida ou Zeus surveille la guerre de Troie elle « revêt une chlamyde (manteau) divine faite pas Athéna elle-même … et elle la fixa sur sa poitrine avec une fibule d'or et chausse ses beaux pieds, de belles sandales » (comme on peut le voir).
Zeus favorise les Grecs contre les Troyens, son épouse en éprouve de la haine pour lui.
Elle va l’endormir d’épuisement amoureux.
Rmn_diane_1 (Photo RMN - Zeus dit "Hèra, attends et tu partiras ensuite, mais couchons-nous pleins d'amour. Jamais le désir d'une déesse ou d'une femme n'a dompté ainsi tout mon cœur." Illiade)
Praxitèle la représente-t-elle avant ou après s’être étendue sur le lit de fleurs que Zeus à fait pousser ? : ça peut être avant (elle regarde vers le bas, vers le lit de fleur) ou après (elle regarde Zeus dormir ? en se rhabillant).
Est-elle en train d’arriver ou de reprendre son chemin pour prévenir les Troyens que Zeus dort…
Est-ce avant, quand elle se déshabille car elle feint de se refuser à son mari prétextant qu’on pourrait les voir, de sorte qu’il ne se méfie pas. Pour assurer leur intimité il couvre le ciel d’une nuée d’or que le soleil lui-même ne peut traverser. Alors, avant de s’allonger elle aurait ce geste si bien vu par Praxitèle et qui exprime bien sa vision de l'être.

Etre c'est devenir
C’est le moment ou le désir culmine, où cela va se faire, où le cours des choses devient autre : un moment de tragédie grecque, du pur Praxitèle.
Hera_2_1 (Photo LOF : avant ou après, c'est toujours avant et après )

Avant après ?
Peut importe car Praxitèle dit : même si le cours des choses semble irrémédiable (la volonté du tout puissant Zeus) il ne l’est pas.
Tout ce qui est devient.

Quand vous passerez par la station Louvre, n’oubliez pas de saluer cette pensée incroyablement dynamique qui nie l’irrémédiable en jetant un regard à l’Héra de Praxitèle.
Pour lire le texte d’Homère emprunté à aeropage.net évoqué par Praxitèle, voir lire la suite...
Sunrise_1 (Photo LOF - le fils de Kronos prit l'Epouse dans ses bras. Et sous eux la terre divine enfanta une herbe nouvelle, le crocus brillant, le safran, l'hyacinthe épaisse et tendre les soulevaient de terre. Et ils s'endomirent, une belle nuée d'or les enveloppait d'ou tombait une rosée étincelante" Illiade)

Lire la suite "Praxitèle" »

Dieu Pan

Satyre_nymphe (Photo LOF - satyre et nymphe (que lui dit-il et qu’en pense-t-elle ? que lui dit-elle et qu'en pense-t-il?))
Hétérogenéité du temps et de la façon dont nous fonctionnons, certains mots rares, lus au détour d’une phrase, ouvrent des champs immenses et durables de fascination.
Frédérico Zeri décrit en évoquant un voyage dans les lieux de l’antiquité finissante la grotte (verdoyante) du Dieu Pan à Césarée de Philippe (Golan, ancienne Galilée) comme « un lieu magique où flotte un esprit païen ». L’évocation de cette ambiance est fantasmatique, ici aussi il flotte un souffle de bas empire. Le Dieu Pan est un dieu dont il faut se méfier.
Dans Thyrsis de Théocrite un berger refuse de jouer de la flûte « à l’heure méridienne » - le midi - car il a peur de Pan, qui se repose après la chasse.
Zéri dit « Le paganisme n’explique ni ne théorise rien ».
Le paganisme est un origami : il enveloppe. Le sommeil du Dieu Pan justifie la sieste, obligation méridionale des mois chauds.
Ce matin il y a un beau soleil dans un grand ciel sans fond, lumière magique où flotte une ambiance de printemps.
Difficile de me souvenir dans quel autre chant bucolique Théocrite parle d’une jeune fille (ou d’une nymphe, divinité des sources) « qui porte le printemps dans ses yeux ».
Ne t’en déplaise Plutarque ce matin Pan est au travail.
Nymphe_satyre (Photo LOF - nymphe et satyre / détail (que lui cache-t-il et que lui cache-t-elle?))