(Photo LOF - Adelaïde Labille-Guiard, portrait de femme 1778 sans son verre dans l'atelier de Dominique Le Marrois)
Adélaïde Labille, épouse Guiard, est techniquement, humainement, socialement un reflet du profond changement des 20 ans qui précèdent le révolution française.
On voit s’enfoncer dans le souvenir la créativité des grands anciens (Perronneau, La Tour), disparaître l’insouciante de l’époque Louis XV, et sur un fond de préromantisme nostalgique (apogée de l’école anglaise du pastel) arriver, avec le sérieux et la technicité bourgeois, les derniers jours de l’art léger du pastel.
Adelaide Labille est une vraie pastelliste, de formation et de savoir faire.
La Tour en fait la formation (de 1769 à 1774) et la destine à son école ce qui en dit long sur ses qualités. Elle est justement placée par Ratouis de Limay "largement au dessus de Vigée Le Brun" à qui on la compare souvent.
Elle travaille avec attention, ses pastels sont peu nombreux ( il en est passé 9 en vente depuis 15 ans) et soignés. Vers la trentaine elle apprendra l’huile en vue d’entrer à l’Académie royale, technique qu’elle pratique pour les grands portraits de cour, mais elle restera toujours fidèle au pastel.
La technicité consiste en une maîtrise parfaite du rendu des matières (les étoffes, les voiles, les cheveux, la peau etc) où elle rejoint le plus grand (Mengs), de la mise en page et de la ressemblance (Lenoir, Cotes…).
Dominique Le Marrois, restaurateur de pastel parisien qui en a vu beaucoup et de très bons, a nettoyé le portrait ovale de femme 1778. Il a pris des gros plans et me disait qu’il n’avait jamais vu une peau aussi «palpable».
Rendre le vivant de la peau est un travail laborieux.
On peut, comme en photo, forcer le contraste pour simplifier l’effet, mais rendre cette sensation de vie à travers la peau est le résultat d’une minutieuse reproduction de transparences, de nuances qui exigent du temps et de l’observation. Adélaïde a cette qualité d’un travail patient sans pour autant diluer une vraie personnalité ni la spontanéité nécessaire du pastel.
Cette remarquable capacité résulte d’une seconde influence : celle de la miniature dont la mode va croissante. Miniaturiste également (son second maitre et second mari François-André Vincent est miniaturiste de formation), elle a appris le détail et le fondu. La rencontre de la minutie, de la technicité et d’une vraie personnalité donne naissance à un style achevé, qui comme dans le mobilier est un moment de perfection.
Bien qu’il n’existe ni littérature sérieuse ni commémoration, Adélaïde a conservé une notoriété. On trouve une iconographie non négligeable sur le net, et une notoriété hors de France. LOF veut lui rendre l’hommage qu’elle mérite.
(Photo Guetty - Délicieuse surprise par Adelaïde Labille-Guiard - Remarquable carnation, une peau à effleurer, belle lumière de la boucle d'oreille et des dents)
La sensibilité d’Adélaïde Labille est-elle sensuelle ?
La délicieuse surprise qui est maintenant au Guetty est une exception.
Les cheveux sont parfaitement rendus, la peau est présente, attirante, d’une carnation détaillée mais la posture est d’une époque finissante.
Est-ce un portrait ? quelqu’un a posé mais c'est d'avantage un modèle d'atelier qu'un portrait. Il est de 1779, période intermédiare pendant laquelle d’Adélaïde évolue vers le style nouveau auquel elle apporte une contribution décisive.
Elle s’éloigne de l’influence de Latour et elle n’est pas encore entrée à l’académie.
Bien avant 30 ans Adélaïde a déjà un style de portrait affirmé : elle expose des portraits à l’académie Saint Luc depuis l’age de 25 ans (74).
(Photo Christies - Lot 318 Paris 21-03-2002 : Adelaïde Labille-Guiard 1775 : Madame Poisson, mère de la Pompadour (?) sur 5 feuilles 70,3x56,5cm. Le sourir, l'expression et la vigueur de La Tour sur le visage, le détail, la sensibilité dans les matières)
Chance, deux grands ovales de cette période ont été vendus recemment :
- Le portrait de présumé de Madame Poisson – mère de la Pompadour - vendu chez Christies Paris en 02/2002 date de 1775 ( 26 ans) est instructif sur les débuts d’Adélaïde et l’évolution ambiante : le sourir la vigueur du trait sont de La Tour, le rendu de la peau et le travail d’étoffe sont d’Adélaïde.
- Le portrait de femme daté de 1778 de la vente Sotheby’s Pairs 06/2002 qui confirme la lente maturation de la personnalité concommitante à la naissance d’un style nouveau : le sourir est plus discret, incroyable technicité de la peau et des tissus, le regard prend du sérieux. (Ce pastel a été acquis par la collection LOF).
(Photo LOF - détail du portrait ovale de 78 : en pleine période de transistion naissance d'une nouvelle manière et d'une nouvelle époque)
L’essentiel de l’œuvre conservée d’Adélaïde est postérieure à son entrée à l’académie royale, période de maturité.
Le sourir disparaît des lévres de Flore Pajou, le cadrage du portrait de Robespierre est devenu moderne, les ambiances sont distanciées.
(Photo RMN - Louvre - Adelaïde Labille-Guiard 1783: Flore Pajou (1764-1841) à 18 ans, épouse Claudion en 1781 - 66x55cm. Ce pastel date de l'année de son entrée à l'Académie. Le style atteint sa maturité : merveilleuse technicité, mais le sourir a disparu)
Les deux pastels de 1775 et 78 sont intéressants car ils sont d’un temps ou tout change.
La jeunesse d’Adélaïde nous entraine progressivement loin de la spontanéité d’avant 60, de la suavité italienne ou de l’expressivité anglaise.
Sa démarche est au cœur de la naissance d’un style nouveau de portrait porteur de modernité. C’est pourquoi, grâce à elle, la fin du siècle du portrait est aussi passionante que le début.
(Photo RMN - Versailles - Pierre Roch Vigneron - huile - Maximilien de Robespierre (1758-1794) copie du pastel d'Adélaïde Labille-Guiard exposé au Salon de 1791 : modernité du cadrage, de la lumière, de l'expression. Autre temps)
Lire en suite de note le chapitre que Ratouis de Limay lui consacre
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