(Photo José Santos - patio sévillan : symétrie, ordre, calme, lumière. Au centre le reflet )
Comment étaient plantés les jardins du moyen age andalou ?
Quelles plantes poussaient dans les jardins encaissés ?
Nicolas Forestier en fait des jardins cubistes, très taillé / verdure « parcs et jardins publics ».
A l’opposé Alix Audurier Cros écrit dans Horizons maghrébins n° 45/2001 - Paysages et jardins des Méditerranéens : « Par opposition la Nature n'est pas asservie, mais respectée et magnifiée dans le jardin. Les arabes ne pratiquent pas l’art topiaire, mais une culture des plantes basée sur une croissance naturelle, embellie par les tailles successives. Le port naturel de la plante participait à la célébration de la beauté... »
(Photo LOF - port naturel des plantes : vous imaginez ça au milieu de votre maison ?)
Antonio Almagro Gorbea, Julio Navarro, Pedro Jiménez Castillo y Antonio Orihuela du Laboratorio de Arqueología y Arquitectura de la Ciudad
utilisent l’image de synthèse pour faire revivre ces jardins.
Jardins du Maroc n° 11 en publie certaines qui évoquent des jardins andalous du haut moyen age.
Le dessinateur représente des semis aléatoires de type mélange « jachère urbaine » pour villes du nord, prêt à semer - sans entretien - hauteur garantie sur le paquet.
La rénovation du patio des demoiselles de Séville montre combien ces jardins en fosse étaient délicats à cultiver et à entretenir.
Antonio Almagro note que les jardins en fosse ont une faible couche de terre végétale, que nous n’avons pas d’information sur les arbres... puis on lit « Selon les informations fournies par d'autres enquêtes, y compris le Patio de la Acequia au Generalife de Grenade, ce type de jardin était un pré fleuri de fleurs basses….
Il note que la plantation contemporaine de 6 orangers de petite taille, nécessite de les tailler régulièrement afin de ralentir leur croissance….
Le reste de la superficie est traité avec les espèces de fleurs de prairie, avec une bande de gravier en bordure pour faciliter l'évaporation de l'humidité du sol à proximité des murs ».
D’où l’idée décrite dans Jardins du Maroc d’assimiler les jetés de fleur à un tapis.
( Photo LOF – Etat spontané d’un réservoir d’eau - Cercal do Alentejo – Les demeures antiques consomment des quantités énormes d’eau pour maintenir les bassins propres)
Les interdits de la religion musulmane – ne représenter ni le créateur ni les créatures – condamnent la mode romaine des topiaires figuratives mais non à la taille : finis le jardin plein de scènes sculptées dans le buis et le cyprès, ancêtres du Tiger Balm Garden
Ils nous privent également d’images nous montrant ces jardins.
La croissance « naturelle » (taille minimaliste militante) correspond très vite sous nos climats à un foutoir indescriptible, en une semaine un jardin devient un bidon ville végétal après une pluie, un fouillis où dominent des mauvaises herbes, assassines pour les plantes cultivées.
Tout ces idées sont insoutenables.
Jamais ces gens raffinés, attirés par les parfums et la rigueur n’auraient semé des coquelicots et des pissenlits dans des patios aussi travaillés.
Tout cela n'est pas envisageable.
Impossible de désherber une prairie au fond d’un trou, ça n’a pas de sens.
Ces jardins ibérico mauresques andalous étaient le lieu d’un énorme travail humain d’irrigation (attentivement controlée pour ne pas abimer les monuments), et de soins car la rotation des cultures y est impossible.
Dans ce sens, la taille fréquente est méticuleusement nécessaire et nul ne peut avoir la serpette en main sans penser à donner une forme.
Attentif aux moindres proportions, à la rigueur ordonnée de l'architecture, aux rythmes géométriques de la décoration, ces héritiers du jardin perse - totalement civilisé et travaillé - passionnés de jeux de lumières rares et de parfums délicats, de fruits, qui marquent strictement la différence entre l’allée rigoureusement propre, au dallage régulier, et le jardin des végétaux, ne pouvaient pas laisser proliférer au milieu de leur maison un désordre aléatoire et permanent.
(Photo Jardins du Maroc n°11 « Jardins d'Al Andalus » Antonio Almagro Gorbea, Julio Navarro, Pedro Jiménez Castillo y Antonio Orihuela : Vivienda de la Alberca Madinat al-Zahra Córdoba Cordoue maison du bassin - reconstitution contestable du jardin)
Ibn All Awwâm décrit les tailles de nettoyage, d’éclaircissement, de fructification et de rajeunissement (qui sont pour le coup sévères), qui devaient donner des formes utilitaires de patio assez semblables à celle de la salle à manger de l’impératrice Livia Drusilla du musée romain.
Les topiaires géométriques devaient exister, en cela les haies à hauteur d’appui de la cour des myrtes sont justifiées, elles étaient sans doute moins orthogonales.
La taille, la greffe ne sont pas opération « contre nature » dans l’antiquité ni chez les Andalous.
(Photo Jardins du Maroc n°11 [retouchée] « jardins d'Al Andalus » Antonio Almagro Gorbea, Julio Navarro, Pedro Jiménez Castillo y Antonio Orihuela : Bassin profonds du jardin de la Taifa de la Aljaferia XI° c. avec une prairie impossible)
On peut aussi supposer que, selon une tradition aussi vieille que le jardinage, les plantes en pots qui étaient courantes, c’est une constante depuis la haute antiquité perse, toujours visible au sud de la péninsule.
Entretenir un jardin en fosse, ou en dénivelé, invite à utiliser les plantes en pot.
Ils simplifient l’arrosage, ils permettent d’avoir toujours un patio renouvelé, en fleur au bon moment, avec des couleurs changeantes.
L’agencement est facilité, on peut aussi mettre à l’abri les plantes gélives, de présenter des floraison à contre saison, les pots évitent les allées et venues de jardiniers et des brouettes de déchets et de fumier, bref les travaux de jardin dans la maison.
Cela correspond mieux à un jardin merveilleux en permanence, comme l’étaient les jardins ibérico-mauresques qui ont impressionné tout l'occident dans leur apogée.
(Photo Ville de Cordoue – Plan de la Madinat al-Zahra, premier palais du Califat, en bas la Vivienda de la Alberca : l’inclusion du jardin au cœur de l’habitat exige un entretient régulier, la maîtrise du drainage et de l’arrosage, donc d’utiliser des techniques de culture propres et maîtrisables, comme les plantes en pot )

































