
(photos LOF : Marrakech accord des roses saumon et du vert des orangers, Rabat en souvenir de Forestier, Mekhnès le plaisir du jardin aux heures chaudes)
Je termine la lecture de traité d’agriculture d’Ibn Al-‘Awwâm, réédité par Actes Sud en 2000.
Cette somme (1000 pages) fut écrite à la fin du XIIeme siècle, au début de l’ère almohade, dynastie aux deux capitales Séville et Marrakech qui constitue l’apogée de la culture al’andalus.
Ces sont eux qui construisirent les jardins type du pays de l’oranger. C’est Ann qui a terminé la lecture du livre avec les chapitres sur les chevaux, la façon de les monter quand on tire à l’arc etc.
On est naturellement impressionné par la quantité de connaissances et de références que contient le livre.
Il reprend toutes les bases de l’agriculture et du jardinage méditerranéen et de la conservation des fruits, légumes etc. D’où les traductions XVIIIeme qui en furent faites en espagnol et en français.
Hélas pas en portugais bien qu’incluant les jardins du pays de Gharb (prononcer « Algarve » avec ses concombres vert foncé veiné cultivés à Faro.

Un calendrier des travaux du jardin « en Espagne » dit le traducteur (lire en Ibérie car l’Espagne n’existait pas) est toujours bien vu et sera utile.
Cette époque a encore beaucoup de référence à l’antiquité gréco-romaine (« les étrangers ») qui se combinent aux observations des peuples arabes du proche et moyen orient.
Ma déception vient de l’absence de souci esthétique, ni dans l’organisation des jardins ni dans l’art équestre.
Les jardins antiques avaient une dimension esthétique : le besoin de vivre dans un mode beau était typique des anciens.
C’est une dimension permanente du jardin méditerranéen d’être satisfaisant pour tous les sens.
L’autre constante est la géométrie simple des circulations qui résulte du climat (terrasses).
Les 4 fleuves du paradis sont l'expression de l'obligation fondamentale du jardin méditerranéen : l'irrigation.

Les lecteurs curieux de recherche écologique trouveront de quoi faire des vérifications expérimentales - en voici une - je cite page 623 :
« Parmi les choses efficaces { pour débarrasser un jardin des vers, fourmis, pucerons et autres petits nuisibles } c’est qu’on introduise dans le jardin infesté de vers ou de chenilles une femme à jeun, les pieds nus, les cheveux épars, couverte d’un seul vêtement, n’ayant point de ceinture ; qu’elle se promène silencieuse dans le milieu ; qu’elle réitère sa promenade trois fois, tous les vers et chenilles périront sur l’heure même. ».