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Pommier colonnaire

Pomme_colonnaire_villandry (Photo LOF – pomme colonnaire Villandry, une bonne comme quand on était gamin)

Les pommiers colonnaires ( columnar apple trees ) sont des sélections contemporaines d’arbres à croissance lente qui développent leur végétation et leurs fruits autour d’un tronc unique.
Ils sont promus comme fruitiers de balcon et de terrasse.
On oublie donc qu'ils constituent dans tous les jardins, surtout les grands, des éléments architecturaux verticaux bien utiles : marquage des portes, alignements, coins d’un parterre.
Rustiques, plus pratiques que les résineux, ils n’ont pas besoin de taille sauf formation rare de branches.
Et … ils produisent des jolies et excellentes pommes colorées, jaunes ou rouges.

Siéges de jardin

Banc_vert_green_chair (Photo LOF - banc dans le jardin bleu)

Pechère dit que le Ryoan-ji n’est pas qu’un jardin de pierre, mais aussi peuplé de lichens et de mousses sur fond d’arbres derrière le mur.
Ce qui est remarquable dans ce jardin est les sièges de bois qui en font partie intégrante.
Le Ryoan-ji, comme de nombreux jardins du bouddhisme zen, est un jardin à s’asseoir.
Le siège est un objet structurant dans le jardin au même titre la porte, l’allée, davantage que les plantes ou l’eau.
Porte, circulations, sièges.. : sujet verbe objet dans un jardin.
Les circulations, les portes, les sièges doivent s’équilibrer, beaucoup de l'un impose de baisser les autres.
Le siège du labyrinthe - qui n’est que circulation - doit se trouver en dehors, surélevé, mais il faut un siège.
Tout le monde comprend à quoi sert le siège qui prend dans le cas d’un jardin de pierre à petite porte et où la circulation est réduite à rien, une proportion considérable.
Il est le point vers lequel on va spontanément.
Il faut se méfier quand on met un banc que le moyen de s’y rendre soit évident, sinon tout le monde ira droit vers lui à travers pelouses et plantations.
Prenez un paysage, mettez-y un banc.
Vous en changez la nature.
Idem pour un balcon.

Banco_do_campo_banc_de_campagne_cou (Photo LOF - le banc d'Ann dans la campagne, l'été)

Un bon siège est confortable, on doit pouvoir y rester à l’ombre, au Ryoan-ji ils sont à l’abri.
Nous posons les sièges sur un sol stable dallé de pierre, car le pied doit y trouver un repos douillet et propre.
Il est d’usage de faire l’assise à 43 cm (43 au milieu du banc s’il est en pente), il faut regarder cette hauteur comme un minimum, 45 est une bonne moyenne.
Ann met des bancs de bois, car le bois n’est jamais ni froid ni brûlant aux fesses.
Les planches de l’assise ont des jours pour que la pluie n’y séjourne pas.

Siege_jardin_garden_chair (Photo LOF - sieges de jardin face à face portugais, en azuléjos. LOF)

Les portugais parsèment leurs jardins de sièges en face à face, dans des creux de murs en azulejos.
Des sièges pour parler à deux.
Inutile de dire qu’il s’agit là d’une merveilleuse idée, car le jardin c’est comme les autres plaisirs : c'est encore mieux quand on en parle.
Et ici, avec le bon soleil du sud et les parfums du jardin on en parle longtemps.

Banc_de_piscine_pool_chair (Photo LOF - banc en bois à la piscine)

Labyrinthe (1)

Thomas_hyll (Photo université de Glasgow - Thomas Hill auteur de «The Gardeners Labyrinth » exemple d'arrosage... Londres 1594)

Thomas Hill appartient a un siècle de jardins architecturaux (le XVIe).
Il dit que "les labyrinthes et les parterres de broderies bien conçus mettent réellement en valeur le jardin".
Il conseille d’en mettre au moins un au jardin, sinon deux (qu’il fait de lavande, ou autres aromatiques basses).

Le labyrinthe pose divers types de problèmes au jardinier à cause de la dimension symbolique, à cause de sa dimension ludique, de ce qu’il évoque de religieux, d’épreuve, d’initiation, de monde clos, et last but not… de son entretien.
Une typologie efficiente des labyrinthes de jardin reste à écrire.
Le mode de classement facile est le nombre de choix dans le parcours : il existe deux catégories les labyrinthes (type A) à 0 choix de parcours - unicursal - et (type B) à choix de 1 à l’infini
On considère comme des paramètres annexes
- la hauteur des séparations qui va de fleurs ou pierres à la grande séparation plus haute que le regard, l’opacité de ces séparations, la nature infranchissable de la séparation (les murs), la possibilité de séparations mobiles ou modifiables (en bois par exemple) - il faut noter que dans le cas des labyrinthes en gazon, on marche sur le gazon... en principe - etc..
- le style : style géométrique orthogonal, style curviligne, style forestier (labyrinthe dessiné entre les arbres d’une forêt avec des rubans) etc …

Thomas_hill(Photo art.com - Thomas Hill est un grand précurseur des livres de jardinage, et du plaisir d'être au jardin)

Le type A (zéro choix)
Le labyrinthe sans choix étant défini comme une ligne d’un point à un autre, on introduit 2 variables :
- 3 possibilités de sens de circulation (largeur de l’allée) : avec
circulation à sens unique (type Au),
circulation dans les deux sens (type Aa),
et le parcours mixte (type Am)
- l’existence de point(s) remarquable(s) autre(s) que le départ et la fin, c’est à dire d’un ou de plusieurs buts, événements ou objets (type A - 1 à A -n) situés sur le parcours (A- - l) où à la fin du trajet (A- - w) avec le cas particulier du A- - wO, ou labyrinthe à point remarquable final au centre de la figure qui le contient.

Irrgarten (Photo LOF - Jürgen Hohmuth "Labyrinthe und Irrgärten" Geo Saison).

Pour illustrer cette typologie, on peut citer quelques labyrinthes usuels :

Les Aa1w (un chemin à sens unique avec un point remarquable situé à la fin).
Ce type est un indémodable qui se fait depuis au moins 6 millénaires.
Les jardiniers aiment bien ce labyrinthe où personne ne se perd, surtout dans sa version à séparations basses (pierres, aromatiques vivaces) avec virages courbés qui évite le casse-tête de tenir propre les angles droits.
Il s’agit nécessairement d’un labyrinthe à deux sens puisqu’on revient par le même chemin que l’aller.
C’est pourquoi il supporte facilement des séparations hautes.

Thse (Photo pot-pourri - D'après cette mosaïque romaine le labyrinthe de Minos aurait été un Aa1O (mono chemin utilisé dans les deux sens avec un point remarquable situé au centre "O"), il  s'agit d'un contresens, puisque si tel avait été la cas, Thésée n'aurait pas en besoin d'un fil pour en sortir, le labyrinthe du Minotaure était un type B : choix multiples, les seuls où on peut se perdre).

La symbolique du Aa1w(et plus généralement des Au) relève d'une vision du monde étrangère au jardinier - épicurien au sens strict - celles de gens qui pensent que la vie à un sens, qu’il y a une vérité, un bon chemin, etc. Ils sont fréquents dans les sites religieux, initiatiques, dans les administrations et dans les aéroports (au check in), mais peuvent aussi avoir une symbolique amoureuse ou être conçus autour d’un végétal ou d’un objet qui constitue un but de promenade exceptionnel.

Menhirs_2 (Photo LOF - A LOF le labyrinthe se construit avec comme point remarquable visible de loin (donc avec séparations basses) un reste de monument mégalithique, presque au fond d’une petite vallée. Les mégalithes communiquent une impression d’incompréhensible)

Les labyrinthes centrés avec un seul point remarquable sont les plus fréquents.
Les Aa1wO (un chemin à sens unique avec un point remarquable situé au centre) ne doivent pas être confondus avec les Au1lO appelés aussi « processionnaires » par Adrian Fischer et Georg Gerster dans « The art of the Maze ».
Ce sont des labyrinthes avec point remarquable au centre dotés d’un chemin de sortie, le point remarquable est donc entre l’entrée et la sortie et non à l’extrémité.
Ces auteurs recommandent le Au1lO pour les labyrinthes très fréquentés comme les labyrinthes publics ou sacrés (circum-déambulation), car la partie du chemin entre le centre et la sortie peut être configurée pour vider rapidement le labyrinthe.
Tout labyrinthe centré demandent un propriétaire centré dans sa tête (moniste, unitaire, qui a raison etc.) ce qui n’est pas le cas de LOF.

Megalithe (Photo LOF - Pose d'un mégalithe).

Bassin sans rebord (couleur d’un)

Bassin_1 (Photo LOF - Quand un bassin est sombre, il devient un miroir et si cette eau ondule, les reflets mouvants sont beaux sur un mur blanc)

Concernant les bassins on se souvient des règles de base :
1 - Plus le fond du bassin est sombre plus le bassin se transforme en miroir - (Wasserspiegel), à l’inverse plus il est clair plus l’eau est mise en évidence (Plus une piscine est sombre moins on a envie de se baigner).
Les andalous sont les derniers à transmettre le savoir-faire traditionnel des jardins méditerranéens où l’eau tient une place aussi importante que la pelouse dans un jardin anglais.
Il existe chez eux tout un savoir-faire du traitement de l’eau comme miroir, notamment placer le bassin qu’on anime de douces ondulations de sorte qu’en hivers, au soleil bas, la lumière animée de reflète soit dans la maison soit sur un mur blanc.
2 - Plus le fonds du bassin est sombre plus il paraît profond / plus il est clair plus il paraît plat.

Miroir_deau_lof (Photo LOF - Le miroir d'eau du grand tanque de LOF : le tanque est noir, l'effet miroir est magnifique quand le ciel est très bleu. On imagine l'eau profonde... Il n'y a qu'un mêtre d'eau)

Pourquoi voit-on des bassins à décors géométriques contrastés et/ou polychromes ?
Parce qu’il répondent à la problématique spécifique des bassins sans margelle, des bassins sans rebords (un rebord peut être végétal comme la haie de myrtes de l’Alhambra).

3 - Règle universelle des bassins de patio, et plus généralement les bassins sans rebord : ils doivent être visibles.
C’est pourquoi dans les cours carrelées de damiers les bassins sont de couleur unie, ou inversent. Le clair, le blanc sert à attirer l’attention.
3.1 - Si le bassin occupe une place restreinte par rapport à la circulation, il est blanc, et la circulation décorée (Riad Moqri à Fès)
3.2 - Si le bassin occupe une surface au moins égale à celle de la circulation, alors il devient plus sombre et carrelé et la circulation plus claire et moins animée (medersa ben Youssef / impluvium de la maison du Faune)
3.3 - Si la circulation est petite autour d’un bassin de grande taille, alors le Bassin est carrelé hardiment, y compris de grands damiers qui l’opposent à une circulation blanche.
Autrement dit, la priorité est à la visibilité (ce qui n'a rien de stupide).

Bassin_andalou (Photo LOF - le bassin du jardin blanc de LOF rélève du cas 3.2)

Dans le jardin blanc de LOF le bassin est sans rebord :
- il occupe une surface suffisante pour qu’on laisse la circulation unie et claire,
- il n’est pas assez grand par rapport à elle pour supporter un décor géométrique de grand module.
Donc il sera à fond d'azulejos vert magnolia grandiflora, avec des cabochons blancs.
En hommage au remarquable sens décoratif du jardinier du Riyâd Dar Si Saïd (Marrakech), chaque cabochon carré est marqué en son centre d’un point vert.

Cabochons (Photo LOF - cabochons blancs avec un rond vert au centre, un clin d'oeil aux fleurs du jardin blanc)

Les parois verticales restent blanches pour marquer la profondeur.
Et ça marche très bien.

Jardin_blanc Bassin_du_jardin_blanc

Jardin blanc

Blanc (Photo LOF : Le blanc, c'est d'abord le vert)

Cette note aurait pu figurer dans « jardiner dans un fauteuil ». En effet, le jardin blanc est un jardin non aléatoire facile à réussir sous réserve d’obtenir des fleurs d’un vrai blanc (ça ne manque pas) et de maintenir une floraison permanente.
Brigitte de Carrière qui entretient à Larra des kilomètres de buis répète qu’un jardin blanc est d’abord un jardin vert.
Parti sur cette certitude confirmée par la persistance de nombreux jardin blancs plantés au XXeme siécle, on pouvait imaginer le jardin blanc comme un jardin simple : blanc et vert le tour est joué.

Fleurs_blanches (Photo LOF : un jardin facile, un jardin blanc... pas si simple)

Le jardinier de la Plaine du Moulin écrit « Avec le blanc, la faute de goût n'existe pas. Promenez vous un soir d'été dans un jardin blanc : c'est l'illumination assurée… impression incomparable d'espace, mise en valeur des feuillages, symbolisme de la couleur blanche…»

Visiter le jardin d’Henri Le Sidaner à Gerbevoy – qui ne fut pas exclusivement blanc mais une suite de jardins monochromes – permet de comprendre le lien entre le jardin blanc et la lumière.
Ce jardin a été conçu pour servir de modèle aux toiles de ce remarquable chercheur de lumières rares et présentes.

Dimanche_le_sidaner (Henri Le Sidaner "Dimanche" - blancheur = lumière palpable)

Le blanc aime la fragilité d’une lumière incertaine.

Comme les bijoux blancs ou des intérieurs blancs des années 30, le jardin blanc est une réaction minimalisante aux exubérances colorées des impressionistes et du début XXème (non seulement monochromes il peuvent être monofleuris comme Hidcote Manor Garden et ses phloxs blancs).
Mais c’est positivement un univers durable qui a été inventé avec les jardins blancs, réservé à des émotions et à des pensées délicates et mouvantes.

Sissinghurts (Sissinghurst : le jardin blanc de Vita Sackville-West)
Création de Vita Sackville-West et Harold Nicolson (son mari), Sissinghurst Castle est un beau jardin blanc à voir.
La célèbre jardinière-journaliste (1892-1962) avait une connaissance architecturale et spontanée du jardinage et un oeil qui voit.
Kirk Johnson a rédigé une belle étude sur le jardin blanc de Sissinghurt qu’il met en rapport avec Mehtab Bagh, à côté du Taj Mahal.
Ces jardins indiens furent pensés et réalisés pour l’amour d’une femme, « Lumière de la demeure » en vue d'être habités à la lumière de la lune - lumière on ne peut plus blanche.
Kirk Johnson note que le mari de Vita était l’ami de l’architecte Edwin Lutyens, qui travailla en Inde pour la Nouvelle Dehli.

Eschscholtzias_blancs (Photo LOF : Eschscholtzias blancs)

La connivence du jardin blanc et d’une lumière rare implique un jardin structuré de taille réduite (comme Tintinhull qu'aimait Vita, créé par Phyllis Reiss entre 1933 et 1953) ou une salle d’un jardin-demeure sur le mode du jardin mauresque héritier du jardin persan - Harold a vécu à Téhéran).

Lof_jardin_blanc (Phoro LOF : Jardin blanc de LOF 06 2005, le matin à l'aube, début de croissance des plantes)

Les jardins de LOF sont au sud du Portugal, dans un pays de climat favorable où par tradition on accorde de l'importance aux parfums des fleurs.
Les parfumées qui poussent ici sont souvent des subtropicales aux parfums intenses (agrumes, tubéreuses, jasmin, tabac, lys du Maroc, Dame blanche etc) qui se libèrent le soir et au début de la nuit (fécondation par chauves-souris ou insectes crépusculaires).
Ces fleurs sont majoritairement blanches.
En somme, les jardins blancs sont des petits jardins (vraissemblablement d'origine Perse) pensés pour mettre en valeur des instants rares (brumes, soirées chaudes, nuits de lune...) où une lumière diffuse et blanche rend l'espace présent (les parfums nocturnes contribuent à emplir l'espace). Ils ne sont pas fait pour marcher, pour le spectacle ou pour la mise en scène. Il sont fait pour être habités en ces moments précieux.

Tabac (Photo LOF, Tabac blanc, un parfum du soir fort, bon)

Voilà pourquoi le jardin sud a en son centre un jardin blanc, pensé pour être habité les nuits de lune en été et en automne, avec un bassin arabe, une géométrie insistante, des accessoires verts, des arbres silencieux au vent (dracos).
Et ça marche, s’y asseoir sous la lune est un bonheur rare.

Lof_jardin_laube (Photo LOF - Le bassin du jardin blanc de LOF à l'aube)

Il reste le débat sur le vert. Les britanniques, les picards aiment les feuillages gris vert.
Suivant le principe « la nuit tous les verts sont gris » et sachant que le jardin blanc doit aussi s’adapter à la lumière plombante, le jardin du sud de LOF adopte un décors de vrais verts qui forcent les blancs sous le soleil.
Ils ne manquent pas d’exotisme sous ces latitudes.

Arum (Photo LOF - Une verte et blanche spontanée, l'arum blanc)

Proportion arbre/maison

The_oaks_2_ (Maxfield Parrish - the Oaks)
D’une façon générale il est difficile de projeter son imagination dans le futur, c’est pourquoi il faut dessiner, simuler le jardin avec des maquettes.
La difficulté d’imaginer le volume d’un arbre adulte entraîne des fautes de proportions pour celui qui ne respecte pas cette régle. Le principe est simple « plus l’arbre est grand, plus ce qui est autour paraîtra petit et plus il paraîtra proche».
Or comme dit Dezallier (voir suite de la note) le travail du jardinier est de "toujours faire paraitre le jardin plus grand qu’il ne l’est». Il faut donc se méfier des grands arbres.
C’est pourquoi, devant sacrifier à cet élément de vocabulaire du jardin luso-méridional qu’est l’alignement de palmiers, nous ne choisissons pas de planter derrière la pergola - comme tout le monde - Phoenix canariensis qui dépasse 20 m. (soit le double de la maison) mais Brahea armata qui ne dépasse pas 12 m. et dont les hampes fruitières sont de la couleur ocre de LOF.
Clemow_grand_arbre (Photo LOF Ottawa, Clemow : grand arbre, la maison parait petite)
Clemow_petit_arbre (Photo LOF Ottawa, Clemow : petits arbres, une maison de taille comparable parait grande)

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Robinet de jardin

Tap_4 (Photo LOF - Bien qu’ils aiment vivre en couple, les robinets gardent une distance)
A chaque visite du jardin Teresa dit « je n’aime pas tes robinets, il faut aller en acheter d’autres à Setubal ». Y a-t-il une épaisseur freudienne dans cette haine ?
Elle souhaiterait voir des robinets de bronze brillant à tête d’animaux imaginaires, à manivelles grenouillomorphes, à tête de poulet ? …
Pour le jardinier, un bon robinet est un quart de tour. Ouvert d’un tourne main bref et viril. Le jardinier partage avec le cow-boy le besoin du geste rapide : dégainer-arroser.

Taps_5 « Observons, dit Jean-Henri Favre dans ses Souvenirs robinétologiques, la vie paisible de ces cracheurs d’eau : Bien qu’ils - hélas ou heureusement - ne connaissement pas – les plaisirs ou les peines de - la reproduction sexuée, ils aiment vivre en couple.
En effet souvent monsieur se destine à l’arrosage automatique qui demande du souffle et madame aime remplir l’arrosoir. Ce début de spécialisation facilite la vie du jardinier qui leur voue une affection particulière.
Tap_3 (Photo LOF - Spécialisation chez les robinets)
Les couples de robinets nichent sur des massifs de maçonnerie, toujours du côté doté d’un seuil ou les arrosoirs assoiffés viennent se poser.
Le seuil est un rien pentu de façon à évacuer les débordements vers le jardin.
Tel une sarbacane souple un tube tronqué permet au robinet de remplir l’arrosoir sans souiller le soulier du jardinier qui – c’est un moment important – contemple cette accouplement avec émerveillement.
Le bruit de l’arrosoir qui se rempli est pour lui une phrase musicale aussi inéluctable que le fugué de J-S Bach.
Robinet_1 (Photo LOF - remplir l'arrosoir à l'oreille)
D’autres témoins peuvent assister à la scène : pique-fleur, sécateur ou objets que le jardinier pose sur le plateau du massif que les robinets habitent.
Le grand architecte a tout prévu : dans le jardin, il faut des endroits pour poser, endroits où il faut aussi pouvoir laver, rincer,… et c’est justement en ces lieux fortunés que les couples de robinets s’accrochent et de leur longs appendices veillent à la faicheur du jardin
».
Tap_2 (Photo LOF - le pique-fleur est d'un naturel curieux)
Réflexion faite, il doit y avoir une dimension freudienne chez Teresa.

Menace des mères robinet à leurs petits : « tu seras - si tu goutte - comme le nez - pas de doute - de deux trous percé»

Tap_1 (Photo LOF- Les robinets portugais expriment leur fierté en arborant les couleurs nationales)

Quelles couleurs pour le mobilier du jardin ?

Jardin_majorelle (Photo LOF - Jacques Majorelle peint sont jardin de Marrakech de couleurs saturées car il est peu ou pas fleuri / ciel blanc)

Il y a deux raisons de peindre ou vernir le mobilier du jardin – bordures, supports, piquets, treilles, bancs, tables, grille, robinets, lampes etc – d’une part la peinture le protège les objets qui passent leur vie dehors, d’autre part la couleur et la texture des objets qui sont dans le jardin doit être aussi pensée que celle des végétaux.
"Pensée" car le minimalisme qui consiste à ne rien faire ne produit pas un jardin mais un squatt mi-végétal mi-poubelle rapidement inhospitalier dans le sud non arrosé.

Les principes sont les suivants :

- 1 - Pas de noir. Le noir et les gris sont bannis du jardin, le noir ne reste pas noir, le noir est déplacé. C’est le gros problème des tubes d’arrosage et des plastics couvre sol uniquement vendus en noir. Heureusement ils se salissent, mais rien n’est plus incongru que le noir. Il faut éviter les luminaires noirs, jolis chez le marchand, martiens au jardin. SI vous faites un échiquier, comme au jardin du Luxembourg, les cases noires sont vertes.

- 2 - Le vert pour ne pas voir : Le vert bouteille (verde garafa) aussi vert wagon est un vert sombre qui est d’un emploi universel, la plupart des objets de jardin sont vert bouteille : serre, arceaux, liens, grillage etc. Le vert sombre est discret et civilisé, il produit des jardins ou les fleurs s’expriment, notamment les blanches, c’est la couleur par défaut. Le vert est également la couleur qui cache : peindre en vert c’est rendre invisible. Si vous avez un objet impossible à détruire il faut le peindre en vert (gouttière, borne, poteau, cuve…). Il disparaît. A noter que dans le sud ou dans les jardins de plein soleil les verde figo, vert-gris, couleur de la feuille d’olivier ou d’agave peuvent remplacer le vert bouteille. Mais le matériel de jardin en vert-gris n’existe pas.

Jardin_vert (Photo LOF - Le vert n’est pas une couleur au jardin, il fait disparaître, ici le vert met en évidence la géométrie des circulations en cachant les bordures, les piquets etc.)

- 3 - Le blanc pour voir : le blanc s’utilise pour signaler ou affirmer une présence : mur, piquet, escalier, bassin etc. En été on fréquente le jardin tard le soir, le blanc aide à circuler. Le blanc met en valeur le vert des végétaux et les fleurs de la vaste gamme du bleu au rouge, violet, mauve et rose etc. Le soleil aime le blanc à qui il donne une présence.

- 4 - Sorti du noir du vert et du blanc - qui ne sont pas des couleurs à proprement parler pour le jardin - plus il y a de fleurs, moins la couleurs des objets doit être saturées, moins il y a de fleurs, plus on peut oser. Par exemple Jacques Majorel fait une variation autour du bleu méditerranéen traditionnel qu’on voit en Grèce ou en Alentejo pour un jardin de cactus (1800 différents) car le jardin est peu ou pas fleuri : les bleus jouent le rôle des fleurs. De même pour les azulejos bleus dans les jardins Portugais et pour les mosaïques des jardins arables. En revanche plus il y a de fleurs, plus les verts sont différents, plus la teinte des objets devra être discrète, tendre vers des tons de la nature depuis les ocres, les tons bois, sépias et sienne brûlée : ces teintes aiment les végétations vigoureuses et acceptent un maximum de couleur y compris les impossibles jaunes, oranges des annuelles de jardineries.

Jardin_casablanca (Photo LOF à Casablanca - Un rose pastel accepte bien la divertisté de verts et des fleurs)

- 5 - Les allées sont claires pour être visibles. Mais plus elles sont claires, plus elles sont salissantes. Les sables et terres ocres ou jaune clair, sépia donnent un bon plaisir à marcher au jardin.

- 6 - Moins on mélange mieux on se porte : L’art des associations de couleurs demande une maîtrise rare, Gertrude Jekyll ou les jardiniers des Tuilleries restent dans des palettes cohérentes. Il faut donc s’en tenir toujours à des associations de 2 ou 3 couleurs pas plus, et appliquer le principe suivant : une vue /une gamme. Un jardin une gamme. Par exemple : une allée = gamme de roses ou des bleus.

- 7 - Colorer dans un fauteuil ? Objets vert bouteille - fleurs blanches et ou roses/lilas. Le blanc (comme dans les années 30, les « jardins blancs ») offre un vaste choix de fleurs : gypsophile, rose, dahlia, marguerite etc, et produit un vrai jardin d’été ombreux ou il fait bon se reposer.

Jardin_ocre (Photo LOF - Une singularité des jardins de LOF : Le jardin ocre (ci-dessus en cours d'aménagement) est particulièrement bien adapté à la lumière voilé (ci-dessous) au crépuscule et à la lumière du matin, une promenade attirante.) Jardin_ocre_2

Improvisation = déception

Vive_la_france_1 (Photo LOF – Vive la France)
Le pire ennemi du jardin est l’improvisation, et au jardin, la déception peut durer des années.
Peu de gens s’habillent en choisissant les vêtements sur le critère du plus près de la main, on ne lit pas le livre le plus prêt de la porte, il y a dans les plus savants désordre un ordre, bref, ces préceptes évidents sont les plus faciles à oublier pour le jardinier, y compris les professionnels.
Le choix des plantes se fait à partir du sol, du climat, de l’arrosage, de la lumière et de l’effet recherché etc. pour un lieu précis et un usage déterminé.
Les compositions parfaites sont le fruit d’un long travail, notamment de recherche de plantes.
Or je vois bien que les professionnels ne regardent pas le jardin qu’ils ont à planter mais imposent un jardin qui est déjà dans leur pépinière.
Bien entendu c’est difficile de mettre à la poubelle un plante qu’on vous offre.
C’est encore plus difficile de ne pas acheter ses plantes en pépinières super marché sur un coup de cœur et non en fonction d’un besoin.
C’est atrocement difficile pour celui qui fait ses plants de ne pas planter tout ce qui a levé.
Enfin, il est toujours tentant quand on a trouvé une plante qui se plait d’en essayer une autre (j'ai bien dit "une plante").
Les photos de plates-bandes fleuries sont des catalogues.
Les mixed-borders par exemples sont devenus des poubelles-borders.
Dommage que la bible du mixed-border – « Colour shemes for the flower garden » de Gertrude Jekyll ne soit pas traduit.
Cette femme avait une vocation de peintre et un don de coloriste, ses compositions sont d’une redoutable précision dans les couleurs, les contrastes, les valeurs, les proportions, les nuances et le déroulement des floraisons.
C’est pourquoi elle réservait certaines parties du jardin à certaines époques de l’année.
Chez les spécialistes des couleurs on travaille des harmonies, des tendances.
Au jardin suivre la mode est plus délicat, notamment pour les arbres.
Mais en aucun cas le plaisir n’est fortuit.
Capucines_2005_1 (Photo LOF – Les capucines aiment les histoires qui font rougir)

Premiers beaux jours - ombres portées

Rose_gagnaire_1 (Photo LOF – Roses Pierre Gagnaire - obtention Delbard)
Les premiers beaux jours (une grande semaine mi mars) sont l’occasion de sortir au jardin.
Il est important lors de la conception du jardin, de la plantation d’arbres ou de haies de ne pas gâcher le plaisir de ces brèves journées par des ombres portées toujours importantes avec le soleil bas d’hivers.
Les jardiniers avisés profiteront de cette période pour piqueter les ombres de 11 heures à 15 heures de façon à les réduire le plus possible.
Il faut faire de la place au premier soleil.
A la suite de cette note l’excellent texte de René Pechère sur cette question des ombres portées.
Pour les jardins en dessous du 38ème parallèle les premiers beaux jours correspondent au premiers jours chauds, c’est à dire à la mise en place des premières tomates.

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