Robinet de jardin
(Photo LOF - Bien qu’ils aiment vivre en couple, les robinets gardent une distance)
A chaque visite du jardin Teresa dit « je n’aime pas tes robinets, il faut aller en acheter d’autres à Setubal ». Y a-t-il une épaisseur freudienne dans cette haine ?
Elle souhaiterait voir des robinets de bronze brillant à tête d’animaux imaginaires, à manivelles grenouillomorphes, à tête de poulet ? …
Pour le jardinier, un bon robinet est un quart de tour. Ouvert d’un tourne main bref et viril. Le jardinier partage avec le cow-boy le besoin du geste rapide : dégainer-arroser.
« Observons, dit Jean-Henri Favre dans ses Souvenirs robinétologiques, la vie paisible de ces cracheurs d’eau : Bien qu’ils - hélas ou heureusement - ne connaissement pas – les plaisirs ou les peines de - la reproduction sexuée, ils aiment vivre en couple.
En effet souvent monsieur se destine à l’arrosage automatique qui demande du souffle et madame aime remplir l’arrosoir. Ce début de spécialisation facilite la vie du jardinier qui leur voue une affection particulière.
(Photo LOF - Spécialisation chez les robinets)
Les couples de robinets nichent sur des massifs de maçonnerie, toujours du côté doté d’un seuil ou les arrosoirs assoiffés viennent se poser.
Le seuil est un rien pentu de façon à évacuer les débordements vers le jardin.
Tel une sarbacane souple un tube tronqué permet au robinet de remplir l’arrosoir sans souiller le soulier du jardinier qui – c’est un moment important – contemple cette accouplement avec émerveillement.
Le bruit de l’arrosoir qui se rempli est pour lui une phrase musicale aussi inéluctable que le fugué de J-S Bach.
(Photo LOF - remplir l'arrosoir à l'oreille)
D’autres témoins peuvent assister à la scène : pique-fleur, sécateur ou objets que le jardinier pose sur le plateau du massif que les robinets habitent.
Le grand architecte a tout prévu : dans le jardin, il faut des endroits pour poser, endroits où il faut aussi pouvoir laver, rincer,… et c’est justement en ces lieux fortunés que les couples de robinets s’accrochent et de leur longs appendices veillent à la faicheur du jardin ».
(Photo LOF - le pique-fleur est d'un naturel curieux)
Réflexion faite, il doit y avoir une dimension freudienne chez Teresa.
Menace des mères robinet à leurs petits : « tu seras - si tu goutte - comme le nez - pas de doute - de deux trous percé»
(Photo LOF- Les robinets portugais expriment leur fierté en arborant les couleurs nationales)

Du très très grand art, JP, dans cette cronique robinetologique.
Ton style est succulent, savoureux et hyper-marrant, comme tu nous y as habitués. Quant au contenu, il est là, c'est indéniable.
Bravo, maître !
signé "ton humble disciple qui en prend de la graîne"
Rédigé par: Phil | lundi, 18 avril 2005 at 03:00 AM
Les robinets n'ont décidément pas fini de faire couler de l'encre.
J'ai apprécié le remplissage au son, la dimension musicale "bachienne" et la dimension Lucky Lukienne du dégaineur d'eau. La notion de démarrage au quart de tour prend ici tout son sens.
Quant à la dimension freudienne, je pense que c'est une question de forme et d'orientation. Fin de vanne.
Rédigé par: JCP | mercredi, 20 avril 2005 at 07:06 PM