(Photo LOF - Jardins sud de LOF en 2006)
Sara écrit « Je suis New Yorkaise, follement amoureuse des jardins - j'ai l'impression que le vôtre est absolument sublime.
Etes-vous paysagiste professionnel ?
Si oui, où avez-vous fait votre formation ?
Si non, mais vous travaillez avec un paysagiste, pourriez-vous m'indiquer son nom ou peut-être un site web ?
Je m'intéresse peut-être à étudier le paysagisme en Europe;
n'importe quel renseignement alors de quelqu'un comme vous, qui connaissez bien la beauté des jardins, serait très utile et profondément apprécié.
Merci de votre temps et surtout de votre joli site internet !
Sara »
(Photo LOF - Jardins sud de LOF en 2007, jardin de sable et jardin bouquetier)
Oui Sara,
nous vivons dans le plus beau jardin du monde… puisque c’est le nôtre
(et aussi celui de la nature et du climat d’Alentejo et celui de ceux qui ont créé des jardins et des plantes avant nous, de la longue tradition du jardin méditerranéen, premier jardin de l’humanité).
Nous connaissons chaque arbre pour l’avoir fait venir ici, planté, taillé, chaque plante pour la voir grandir.
Le plus beau jardin c’est le sien :
énormément de petits potagers fleuris des petites gens d’ici sont beaux, très propres.
Points communs entre Ann et moi : avoir appris à dessiner et des familles qui avaient des jardins.
Nous avons visité des jardins pendant longtemps, surtout en Europe, et lu sur les jardins.
L’Europe a encore beaucoup de jardins privés historiques.
Les jardins du XVIII° sont d’une grande sensibilité, beaux pour leurs proportions, et la variété végétale est déjà grande.
Nous avons décidé de vivre en Alentejo littoral, car c’est le lieu d’Europe le plus favorable pour faire un jardin privé.
(Photo LOF - Estoi : faire revivre un jardin historique avec le coût de la main d’œuvre moderne et les techniques et plantes actuelles est devenu impossible, Disneyland)
Comment t’aider ?
Ce que nous faisons est à l’inverse de l’époque dans un pays qui a toujours été hors de son époque.
Un paysagiste professionnel fait :
- soit des jardins crotte de chien (petits paquets de plantes industrielles groupées en crottes le long d’allées en forme de spaghetti chaud sur fond de pelouse)
- soit des espaces publics la plupart du temps minimalistes (les friches actuelles sont la suite des grands espaces vides avec 3 peupliers des années HLM, misères qui n’engendrent pas le respect).
(Photo LOF - Rosier blanc grimpant parfumé remontant : Mrs Herbert Stevens, la rose est une spécialité où tu trouves encore des vrais professionnels, amis des jardiniers passionnés)
Oui, nous aidons des amis ou des personnes recommandées par l’un ou l’autre à faire leur jardin :
- conception de jardins potagers à hauteur d’homme, car la face cachée du jardinage c’est le mal de dos,
- dessins de jardins fruitiers, car c’est difficile et il n’y a plus de professionnel qui savent dessiner des escaliers …
mais c’est pénible, car les gens veulent toujours copier une image ou un produit et basta.
Peuchère dit que les gens ont envie de jardiner pendant 3 semaines en mai.
Ensuite c’est les vacances.
Or un jardin c’est vivant tout le temps.
(Photo LOF - figue : c'est une chance de parler des langues dans lesquelles il y a encore une connaissance des jardins, comme choisir les figues : le français, l'italien)
Nous n’avons trouvé aucun professionnel capable de calculer des débits d’arrosage, de conseiller des variétés végétales autres que les industrielles type bordure d’autoroute/jardin municipal,
aucun architecte connaissant la problématique des murs et circulation de jardin, encore moins qui ont une culture historique du jardinage et les ongles sales.
Il faut lire des kilomètres de livres actuels pour trouver quelqu’un qui sait de quoi il parle.
Enfin, tu vas voir, un jardin privé c’est deux choses : l’architecture et les plantes.
Il y a beaucoup de spécialistes de l’une qui ne le sont pas de l’autre.
(Photo LOF - Fleur de l’oranger du Mexique - choisya ternata , si tu savais le mal pour le faire pousser, pourtant tout le monde te dira qu'il est facile)
Heureusement, il y a des sympathies inattendues : François et son copain, à Lyon : des pros avec des yeux qui voient, ils font des jardins familiaux en plus de leur travail, le blog de Sophie
Si tu veux vraiment bien faire, c’est un travail personnel de recherche et de synthèse énorme.
Dans son édito de la revue de notre association California Rare Fruits Grower, Ron Couch écrit ce mois-ci qu’il n’a plus d’articles à publier, il doit reproduire des revues professionnelles.
(Photo LOF - Aspergeraie … pense au jardin du Zuiho-in dans le temple Daitoku-ji, on fait un jardin comme on cuisine, comme on est, dans son unique référentiel culturel)
La connaissance du jardin privé est une connaissance d’amateur.
Au sens de passionné, connaisseur.
Pas au sens de technicien qui fait son métier.
Tu peux commencer par deux indispensables :
1 - Lire dans l’ordre René Peuchère : La grammaire des jardins, Russell Page : The Education of a Gardener, Antoine-Joseph Dezallier d'Argenville : La théorie et la pratique du jardinage.
2 - Visiter des jardins, surtout des jardins privés où tu peux parler avec les propriétaires : c’est important de voir les conséquences de ta passion, le jardinage est un choix de vie accaparant, exclusif, ruineux, et physiquement dur qui procure un bonheur difficile à imaginer.
(Photo LOF - Quinta de Ortiga, les jardins sont comme nous ils naissent, ils meurent)